S’il y a bien une date qui m’a marqué au début du mois de Septembre, ce fut bien le 9 Septembre 2002.
Je peux même vous dire étape par étape ce qu’il s’est passé ce jour là. Je peux dire aussi ce que j’écoutais en boucle la veille.
Cela marquait aussi le point de départ de 2 ans de galère.
Ceux qui me suivent depuis quelques années le savent déjà. J’en parle chaque année.
Ce fut traumatisant.
Le 9 septembre 2002, le petit village familial, situé dans le Gard, à la confluence du Rhône et du Gardon, était recouvert brutalement par 2m50 d’eau. Oh le village, dans sa mémoire, avait gardé le souvenir d’inondations moindres, de l’ordre de 60 cm, en 1856…
La maison de ma sœur a elle aussi baignée dans 60 cm d’eau en 2002. 60 cm d’eau, au 1er étage…
Ma mère étant adjointe au mère, et ce village aimé était tant meurtri ; que la douleur fut très profonde. On parlait alors de le raser, de recréer un village sur les collines…
Cette journée, donc, je m’en souviens, à la minute près. Les sacs de sable bien inutiles face à l’inexorable montée de l’eau. La nuit suivante qui arrive. L’évacuation du village, les hélitreuillages, l’odeur du fioul ; le temps magnifique du lendemain, l’arrivée de l’armée et le bouclage du village pendant plus d’un mois.
En même temps, dans le village voisin, il y avait 5 morts. L’évacuation ne s’était pas faite, les gens croyant être protégés par leur digue centenaire. C’est dans ce village que j’exerce maintenant.
Je me souviens de mon neveu, alors âgé de 6 ans, et dont le seul souci était de parcourir le village et de libérer tous les chats qui avaient été faits prisonniers suite à une campagne de capture de chats errants.
Je me souviens des crises de larmes de mes proches face à cette boue collante qui ne voulait pas partir des meubles, les peluches de mon neveu, nos souvenirs.
Je me souviens aussi que tous mes cours de médecine de première année avaient été noyés.
Je me souviens aussi des suicides, des morts prématurées qui ont suivis ces épisodes douloureux.
Car en 2003, on a remis ça. Et notre village a alors rebaigné, et cette fois-ci dans 3m10 d’eau. Maudits.
Je me souviens des prises de tête d’ « amis » qui n’habitaient pas si loin, vers Montpellier, ou même de Paris, qui limite susurraient que c’était bien fait, que c’était lié à l’urbanisation galopante dans le Sud. Alors que non, c’était bien le vieux village qui avait baigné, mais que celui ci était maintenant entouré d’une énorme digue de 5m de haut et qui constituait le talus de la ligne TGV. Ou bien de la canalisation du Rhône. Ou même de l’interdiction de draguer le lit de la rivière pour préserver l’habitat de certains castors, dixit l’Union Européenne…
Au moins, mes aïeux, eux, ont bien baignés dans leur tombe. Le village a été refait à neuf. Les digues ont été surélevées. Rien ne sera vraiment durable.
Oui. Ce 9 Septembre 2002, ce fut bien notre 11 Septembre à nous.
Amertume.
(la photo de mon village…)

Extrait : « A “Bip”, la totalité du village a été inondée et de nombreuses personnes ont dû être hélitreuillées. Les digues ont été submergées et le casier hydraulique formé par le vieux village a été rempli. A la décrue, la hauteur d’eau dans le village était plus importante que celle du Gardon ; plusieurs brèches se sont alors formées, permettant une vidange du casier. »